L’église primitive de la Daurade, dont il ne reste hélas presque rien aujourd’hui, aurait-elle révélé son mystère ? De l’initiale « daurada » (la dorée), ou « fabricata » (la fabriquée), comme elle fut appelée autrefois, on ne savait pas grand-chose si ce n’est qu’elle fut complètement démolie au XVIIIe siècle, pour permettre l’édification de l’actuelle basilique, au style néoantique, sur le même site des bords de Garonne. Non loin des vestiges du palais des rois wisigoths de Toulouse, découverts à Saint-Pierre lors de la démolition de l’ex hôpital Larrey, qui n’ont hélas pas été conservés.

Article publié dans La Dépêche du Midi le 22/01/2017.

Jean CassaigneauPerceur d’énigmes

« J’aime bien rechercher les solutions aux énigmes historiques », explique Jean Cassaigneau, qui lève le voile, dans le livre qu’il vient de consacrer aux « Mosaïques de l’église wisigothique de Toulouse dite la Daurade » (*), sur la date précise de construction de ce monument, la richesse de son décor et le bâtiment romain à partir duquel il a été construit. Des révélations qui arrivent à point nommé, au moment où la basilique actuelle doit faire l’objet d’une grande rénovation dans le cadre du projet d’inscription de Toulouse au Patrimoine mondial de l’Unesco.

Dans son ouvrage, l’auteur, un Toulousain résidant à Genève, docteur en droit international et féru d’Histoire, publie pour la première fois l’ensemble des notes prises par Frère Odon, un moine bénédictin, en 1633, au moment du nettoyage des mosaïques ornant l’abside de l’église primitive.

Ces notes, une dizaine de pages inédites, traduites du latin, révèlent les détails des personnages et des scènes bibliques représentées. Leur analyse a permis à l’auteur de proposer une datation précise, l’an 439, lorsque le roi wisigoth de Toulouse, Théodoric Ier, a ordonné la construction de l’église pour remercier Dieu de l’avoir sauvé, lui et son peuple, de l’anéantissement par les légions romaines qui encerclaient les murs de Tolosa.

L’auteur propose aussi une nouvelle hypothèse concernant le monument romain sur lequel a été édifiée cette église wisigothique, à savoir le grand nymphée de Tolosa, une fontaine monumentale qui faisait le prestige des grandes cités romaines, dont la forme en demi-cercle se retrouvait dans l’abside de l’église primitive à trois niveaux.

La richesse des mosaïques et des décors de l’église primitive de la Daurade, faisait de cet édifice situé à quelques pas du palais disparu, un monument exceptionnel qui aurait pu influencer les décors mosaïqués, fameux, de Ravenne, plus tardifs.

Les seuls vestiges de l’antique Daurade du Ve siècle qui soient parvenus jusqu’à nous sont quelques pièces de mosaïques conservées au musée Calvet d’Avignon et au musée Saint-Raymond, ainsi que trois petits fragments dont un très beau représentant un motif géométrique typique de l’art de la mosaïque romaine, récemment découverts par l’auteur dans les réserves du Département des médailles, monnaies et antiques de la Bibliothèque nationale de France à Paris ; ils appartenaient au cabinet d’antiquités du comte de Caylus qui les avaient reçus au moment de la démolition de la Daurade wisigothique en 1761.

Une trentaine de colonnes avec leurs chapiteaux sont aussi conservées, la plupart, 26, à Nice où elles ont été installées pour former un cloître factice en 1925 par l’antiquaire Edouard Larcade. Et si le maire de Toulouse convainquait son homologue niçois de rendre à la Daurade ses colonnes, suggère Jean Cassaigneau.

Philippe Emery

* Le livre (Ed. Les Cahiers de la Lomagne) est en vente à Ombres Blanches et à la librairie Occitania.